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Donner congé à son locataire : le calcul financier que personne ne fait

Récupérer son bien semble évident, mais 6 mois de préavis, une décote à la vente et des frais de remise en état peuvent effacer plusieurs années de plus-value. Avant de signer la lettre recommandée, voici le raisonnement chiffré qui change tout.

Donner congé à son locataire n'est pas toujours la meilleure décision financière : voici quand il vaut mieux ne pas le faire.

La plupart des guides sur le sujet partent d'un postulat implicite : vous avez déjà décidé de récupérer votre bien, il ne reste qu'à suivre la procédure. Cet article prend le problème à l'envers. Avant de rédiger la moindre lettre recommandée, posez-vous une question simple : est-ce que ce congé va réellement vous enrichir, ou simplement vous coûter de l'argent pendant 12 à 18 mois ?

Ce que le congé vous coûte réellement

Le congé pour vente ou pour reprise personnelle obéit à des règles strictes fixées par la loi du 6 juillet 1989, notamment son article 15. Le délai de préavis est de 6 mois avant l'échéance du bail pour une location vide. Ce délai court à compter de la réception de la lettre recommandée ou de l'acte d'huissier par le locataire.

Six mois, c'est la durée minimale. En pratique, la chronologie réelle ressemble souvent à ceci :

  • Vous décidez de donner congé et attendez la prochaine échéance du bail pour que le préavis s'applique : 0 à 12 mois d'attente selon le moment de votre décision dans le cycle du bail.
  • Le préavis légal de 6 mois court.
  • Le locataire conteste le congé ou tarde à partir : 2 à 4 mois supplémentaires possibles.
  • Le bien reste vide entre la sortie du locataire et la signature de l'acte de vente ou votre emménagement : 1 à 3 mois en moyenne.

Résultat : une fenêtre de 9 à 24 mois sans loyer est tout à fait réaliste.

Le tableau qui change la perspective

Prenons un appartement de 40 m² à Paris, loué 800 euros par mois (20 euros/m², cohérent avec les niveaux de marché parisiens). Le calcul suivant compare trois scénarios sur 18 mois.

ScénarioLoyers perçusFrais estimésRésultat net
Location continue (pas de congé)14 400 euros0 euro+14 400 euros
Congé pour vente, bien vide0 euroRemise en état : 3 000 euros + frais huissier : 300 euros-3 300 euros
Vente occupée (sans congé)14 400 eurosDécote acheteur : 5 à 15% du prixVariable selon le prix de vente

Sur 18 mois, la perte brute de revenus locatifs dans le scénario "congé pour vente" atteint 14 400 euros. Ajoutez 3 000 euros de remise en état minimale (peinture, nettoyage, petites réparations), 300 euros de frais d'huissier pour la signification du congé, et vous dépassez facilement 17 000 euros de coût d'opportunité avant même d'avoir signé le compromis.

La décote du bien vide : un mythe à déconstruire

L'argument classique pour donner congé avant de vendre est le suivant : un bien vide se vend mieux et plus cher qu'un bien occupé. C'est partiellement vrai, mais le raisonnement mérite d'être nuancé.

Un bien vendu occupé subit effectivement une décote de l'ordre de 5 à 15% selon la durée restante du bail et le niveau du loyer par rapport au marché. Cette décote est réelle et documentée par les professionnels du secteur notarial.

Mais cette décote doit être mise en regard de ce que vous perdez pendant la période de vacance :

  • Si la décote est de 5% sur un bien valant 300 000 euros, cela représente 15 000 euros. Or vous avez déjà perdu 17 000 euros de revenus et de frais pendant la procédure. Le bilan est négatif.
  • Si la décote est de 15%, soit 45 000 euros sur le même bien, la vente à vide redevient financièrement pertinente, à condition que le bien soit effectivement vendu rapidement après la libération.

La variable décisive est donc le niveau de loyer par rapport au prix du bien. Plus le rendement locatif brut est élevé (au-dessus de 4 à 5%), plus la perte de loyers pendant le préavis pèse lourd dans la balance. Plus le rendement est faible (bien de prestige sous-loué, marché tendu), plus la décote à la vente devient le facteur dominant.

Quand le congé reste la bonne décision

Cet angle contrarian ne signifie pas que donner congé est toujours une erreur. Il existe des situations où la procédure se justifie pleinement.

Reprise pour habiter

Le congé pour reprise personnelle, au bénéfice du bailleur ou d'un proche au sens de l'article 15 de la loi de 1989, n'est pas un calcul de rentabilité : c'est un besoin de logement. Dans ce cas, la comparaison financière est secondaire. Notez cependant que le bailleur doit justifier d'un besoin réel et sérieux, sous peine de nullité du congé et d'une possible condamnation à des dommages et intérêts.

Bail arrivant à échéance dans moins de 3 mois

Si le bail arrive à terme dans moins de 3 mois, la perte de loyers pendant le préavis est mécaniquement réduite. Le coût d'opportunité diminue et la décision de vendre à vide peut redevenir rationnelle.

Locataire mauvais payeur ou logement très dégradé

Un locataire en impayé ou un logement sérieusement dégradé change radicalement l'équation. Dans ce cas, le congé pour motif sérieux et légitime ou la résiliation judiciaire du bail sont des voies distinctes, avec leurs propres délais et coûts.

Bien en zone détendue avec forte demande à la vente

Dans certaines villes moyennes où la demande locative est faible mais la demande d'accession à la propriété est forte, la décote pour bien occupé peut dépasser 15%. La vente à vide redevient alors pertinente, à condition de maîtriser les délais de procédure.

Les frais cachés que les guides ne mentionnent pas

Au-delà de la perte de loyers, plusieurs postes de coûts sont systématiquement sous-estimés.

Les frais de signification. Le congé doit être notifié par lettre recommandée avec accusé de réception ou par acte d'huissier. L'acte d'huissier, plus sûr juridiquement, coûte entre 150 et 350 euros selon le département et la complexité.

La remise en état. Après le départ du locataire, l'état des lieux de sortie révèle souvent des travaux à réaliser avant la vente ou la reprise : peinture, joints, remplacement de moquette, nettoyage en profondeur. Un budget de 2 000 à 5 000 euros est courant pour un appartement de taille moyenne, hors travaux structurels.

La vacance post-sortie. Entre la remise des clés par le locataire et la signature de l'acte de vente, le bien reste vide. Cette période n'est pas neutre : charges de copropriété, taxe foncière, assurance PNO (propriétaire non occupant), éventuellement taxe sur les logements vacants dans les communes concernées. Comptez 200 à 400 euros par mois de charges fixes incompressibles.

Le risque de contestation. Le locataire dispose de voies de recours : saisine de la commission départementale de conciliation avant tout contentieux, puis le tribunal judiciaire. Une contestation fondée sur un vice de forme (délai non respecté, motif insuffisamment précis, notification irrégulière) peut annuler le congé et vous contraindre à recommencer la procédure depuis le début.

Le bon réflexe avant de décider

La décision de donner congé mérite un tableau de bord chiffré, pas une intuition. Les trois variables à calculer sont :

1. Le loyer mensuel actuel et sa conformité au marché (un loyer sous-évalué pèse moins dans la balance ; un loyer au prix du marché représente un manque à gagner réel pendant le préavis).

2. La durée probable de la procédure dans votre situation (échéance du bail, zone tendue ou non, profil du locataire).

3. La décote estimée à la vente occupée versus vide, rapportée au prix de vente envisagé.

Connaître la valeur locative réelle de votre bien est le point de départ indispensable de ce calcul. Si votre loyer actuel est significativement en dessous du marché, la perte pendant le préavis est moindre. S'il est au niveau du marché, chaque mois de vacance représente un coût réel que la vente devra compenser.

Avant de prendre votre décision, estimez le loyer de marché de votre bien pour ancrer votre calcul dans des chiffres réels plutôt que dans des approximations.

Avant de décider de donner congé, commencez par connaître la valeur locative réelle de votre bien. L'estimateur Lokimoo vous donne une fourchette de marché en quelques secondes, pour comparer les scénarios en chiffres.

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